Aller au contenu. | Aller à la navigation

Accueil ALVE (Association de Lieux de Vie Essonniens) Un lieu d'hébergement à vocation sociale et de réinsertion pour des malades psychiques au long passé institutionnel, la Maison ; Brétigny, France
Pour aller plus loin
ALVE (Association de Lieux de Vie Essonniens)
  • 91 Essonne France
  • Alain Darbas
  • alvebretigny@nullwanadoo.fr
  • La casa de madera de roble cuatro orejas


Un lieu d'hébergement à vocation sociale et de réinsertion pour des malades psychiques au long passé institutionnel, la Maison ; Brétigny, France

  • Résidentiel
  • Europe : France
  • Fiche d'expérience

Par Alain Darbas le 29/09/2010

Résumé : Après plus de 25 ans en moyenne d'hôpital spécialisé, ils sont dans leur maison, un foyer de vie en ville, sans règles de vie prédéterminée, mais avec une charte qu'ils ont élaborée.

 


Contexte

 

La Maison du chêne à 4 oreilles a été créée à Brétigny sur Orge en 2005 par l’ALVE, Association des Lieux de Vie Essonniens, complément naturel de l’UNAFAM – Union nationale des Familles et Amis de Malades psychiques - dans ce département. Elle s’inscrit dans une suite de créations similaires dont la première a été implantée à Juvisy sur Orge et qui ont pour vocation de couvrir tous les secteurs psychiatriques de l’Essonne. Elle a le statut administratif de Foyer de Vie, son financement est assuré par le Conseil général.

 

La proximité du centre ville est une constante de nos projets réalisés pour favoriser l’intégration de personnes au long passé institutionnel en hôpital psychiatrique. La maison est en zone pavillonnaire, intégrée architecturalement, sans panneau d’indication sinon son numéro le 57. Elle a une surface de 1000 m2 dont une partie abrite les bureaux du siège. Les chambres sont individuelles, avec sanitaire et chaque fois que possible un balcon pour les fumeurs. Le mobilier, les matériaux ont été choisis pour leur chaleur en rupture avec l’univers de l’hôpital. Plusieurs réunions ont été organisées avec la population pour préparer l’implantation.

 

Seize personnes y sont accueillies de manière permanente et trois en accueil temporaire. Les résidents ont été adressés par les deux secteurs couverts par le projet soit un bassin de population de 80 000 personnes environ. Les places leur étaient réservées, aussi c’est deux ans avant l’ouverture, que les équipes du CMP – centre médico psychologique- ont été associées au projet d’implantation, d’architecture ainsi qu’aux admissions. C’est donc une culture commune qui s’est construite lors de cette collaboration. Elle nous permet de faire face aux situations complexes  qui se soldent parfois par une réhospitalisation temporaire.  

 

Finalités

 

Restaurer l’autonomie de personnes sujettes à des troubles psychiques et créer les conditions optimales de leur réinsertion sociale fait partie de l’objet de l’association. La recherche de formules intégratives pour des personnes malades psychiques, stabilisées grâce à un traitement a commencé vers fin 70 début 1980. 

Les appartements associatifs, gérés par des associations émanent des personnels de l’hôpital, ont pu répondre à nombre de situations. Mais pour d’autres ce n’était pas assez contenant. Les pensions de familles n’ayant pu être mises en place, nous avons le sentiment que tout avait été essayé. Cela tenait un mois puis c’était le retour à l’hôpital. Nous savions qu’il fallait du temps, du calme et de la souplesse, mais surtout un lieu disposant d’une présence 24h sur 24h. La plupart des personnes présentes ici ont en moyenne 25 ans en hôpital psychiatrique et pour l’un d’entre eux jusqu’à 38 ans. Il faut donc créer du désir chez la personne, la préparer longtemps à l’avance.

 

 Nous n’avons pas de commission d’admission, n’avons pas de dossiers. Nous travaillons avec le secteur qui connait bien les futurs résidents. Nous les rencontrons, organisons d’abord la convivialité avant de prononcer une décision, soumise à la MDPH -Maison Départementale des Personnes Handicapées-. L’objectif est de préparer un accueil sur le long cours. On rentre ici pour y vivre. Nous n’avons pas de limite d’âge.

 

 

 

Fonctionnement

 

 

Un des premiers droits fondamentaux que nous avons mis en place est le droit d’aller et venir. On entre, on sort comme dans une maison. Il n’y a pas de sas, l’errance est permise.

 

Il n’y a pas de règlement de fonctionnement, mais une charte. Ce n’est qu’au bout de plusieurs séances et quelques mois que nous l’avons fixé ensemble. On a parlé de tout, du sexe, de la drogue, de l’amour, de l’alcool, du tabac. Elle contient leurs mots. Le fait de ne pas autoriser l’alcool, c’est une décision collective, de même « on ne fait pas l’amour ici mais à l’hôtel », c’est leur décision. Le foyer c’est un beau mot pour d’anciens patients au long cours. Ici tout est propre, ouvert. Leur nom est sur la porte,  chez eux tout est respecté.

Les résidents retournent dans leurs familles, mais peu. Parfois les familles renouent les liens interrompus lors de l’hospitalisation où il leur était difficile d’aller « chez les fous »

 

L’appellation retenue par les autorités de foyer occupationnel ne convient pas. Exercer une activité leur est possible, mais pas deux heures par jour et pas tous les jours. Nous nous réunissons donc le matin pour construire le programme de la journée. Ne rien faire est permis.

 

On va le plus  possible vers les activités proposées par la ville : la piscine, la bibliothèque. Les transports en commun sont privilégiés, une fois les repères mis en place. Certains partent le matin et rentrent le soir. Un GEM – Groupement d’Entraide Mutuelle- géré par notre association et animé par un animateur sportif propose des rencontres autour du sport, de la découverte avec d’autres membres vivant dans les environs. Les propositions se font sur mesure, photo, informatique se réalisent en petit groupe.

 

Les réunions hebdomadaires permettent d’anticiper les sorties, les séjours à l’extérieur. Les vacances s’organisent selon les souhaits, mais aussi les opportunités. Il nous arrive de louer plusieurs studios et de partir quelques jours ensemble. Une autre fois c’est la rencontre d’un coureur cycliste belge qui nous a ouvert  d’autres portes. Certains partent aujourd’hui seuls dans des endroits où ils ont leurs habitudes.

 

Moyens

 

18 personnes sont salariées de la maison, dont 6 animateurs, 3  agents de services, 4 veilleurs, 1 infirmière. Le recrutement ne se fait pas spécifiquement selon les qualifications, mais selon les compétences. Ce qui est demandé est un peu contradictoire avec les usages de ces métiers. Il est demandé au personnel de « ne pas travailler », c'est-à-dire de perdre les automatismes, de désapprendre l’éducatif pour entrer dans l’accompagnement, de tisser du lien tout en gardant la distance. Se frotter à la psychose, c’est envahissant, c’est compliqué. Aussi cela demande des supervisions, des formations.

 

Nous assurons une veille, sur le quotidien, à la prise de médicaments et pendant la nuit. L’infirmière a délégation en l’absence du directeur. Mais cette veille pour être « bienveillante » reste collective. Les références individuelles, nous y allons à la vitesse de l’escargot, pour que chacun ait pu prendre ses repères.  Il n’y a pas de sanction mises en places, ni positives, ni négatives. Les personnes que nous accueillons ne pourraient pas vivre avec des règles de vie comme une épée de Damoclès. L’origine de la violence, ici, est toujours la maladie, pas un comportement. Si nous pouvons demander aux résidents de ne pas être dans la toute puissance, il ne faut pas que nous le soyons nous même.

 

Evaluation, limites, enseignements

 

Les personnes s’inscrivent petit à petit dans le temps, l’espace, au bout de toutes ces années de psychiatrie. Elles retrouvent une véhémence, une capacité de se révolter qui indique un chemin de vie.  Pourtant je n’ai connu de violence que celle du verre qui tombe et se casse. La DDASS -Direction Départementale de  l’action Sanitaire et Sociale - n’en revient pas. La police n’est intervenue qu’une seule fois, pour un cas d’épilepsie particulier où la personne peut devenir incontrôlable et donc dangereuse.

 

 Nous n’avons pu cependant répondre positivement à toutes les demandes. Une personne est repartie à l’hôpital au bout de six mois. La psychose était encore trop proche. La maison n’était pas assez contenante. Lorsque nous avons à faire face à des comportements excessifs, nous favorisons les retours vers le lieu de soin puis les personnes reviennent. Mais ce n’est pas fréquent. La petite taille de la maison, le faible turn-over de l’équipe, le respect des droits individuels en sont pour partie une explication. Nous avons appris, dans une maison aussi ouverte, l’art du compromis.  

On peut toujours voir autrement les choses, il n’y a pas une seule réponse, mais plusieurs. On est sur quelque chose de fragile, il n’y a rien de définitif. Dans notre cas, le soutien du Conseil Général après plusieurs visites ne s’est pas démenti, mais s’est conclu par : il faut en faire d’autres.    

Langue d'origine : Français
Ajouter un commentaire

Vous pouvez ajouter un commentaire en complétant le formulaire ci-dessous. Le format doit être plain text. Les url et les courriels sont transformés en liens cliquables. Les commentaires sont modérés.

Question: 10 + 4 = ?
Votre réponse: