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Témoignage de M. François Grieshaber

  • Travail et activité : Production et service
  • Europe : France
  • Témoignage

Par François Grieshaber le 19/04/2017

M. François Grieshaber est gérant de l'entreprise adaptée Domaine du Stierkopf. Son témoignage est celui d'un entrepreneur social qui a su allier la richesse d'un terroir à celle des hommes et des femmes qui l'exploitent avec tout le talent issu de leur différence.

Dans ma famille, on est  vigneron de père en fils depuis 4 générations à Molsheim, la région la plus au Nord du vignoble d’Alsace. A mes débuts, j’exploitais donc à titre privé le domaine familial, installé sur le coteau du Stierkopf, bien orienté au sud.

 Aujourd’hui tout en en gardant la propriété, le vignoble est loué à une entreprise adaptée dont j’ai la gérance et qui en assure l’exploitation.

 Au départ c’est une histoire d’amitié avec M. Hoerter, viticulteur et PDG de Solivers, un groupement d’entreprises adaptées dont le Stierkopf fait partie. Nous nous sommes connus au lycée agricole.  Quelques années après m’être installé, mon ami Pierre Hoerter, très investi dans le secteur du handicapoe m’a proposé une expérimentation ; celle de faire travailler dans mes vignes des personnes ayant un handicap. C’était il y a plus de 26 ans.

Entre temps j’ai eu des enfants dont un a un trouble du spectre autistique. Le handicap m’a touché personnellement. C’est alors devenu une motivation essentielle.

A l’époque nous avons retenu 5 ou 6 personnes travailleurs d’ESAT, en mesure d’exécuter des tâches dans un milieu plus ouvert. Plusieurs vignerons contactés par Pierre Hoerter ont joué le jeu.  Nous avons employé ces personnes handicapées, non formées, à arracher et descendre le bois de vigne après la taille d’hiver.  Les débuts se sont passés avec un rendez-vous donné à Molsheim, et une camionnette pour amener les travailleurs sur site. Nous les avons formés progressivement aux gestes précis, à la compréhension du milieu et la mayonnaise a pris très rapidement.

Je n’étais plus seul face aux travaux lourds. Mon fils demandait que je lui consacre du temps. Autant de raison pour franchir le pas. J’ai donc transformé l’entreprise privée en entreprise adaptée dont je suis le responsable. 

Les travaux saisonniers se sont développés dans notre secteur et d’autres. On a fait appel aussi à leurs services pour les houblonnières. Bien vite, nous avons saisi aussi le potentiel de développement en espace verts avec des postes à la clé. Ainsi la charge de travail a-t-elle pu être équilibrée sur l’année. Viticulture et espace verts se complètent ; l’hiver le travail  sur les vignes, le printemps et l’été sur les JEV, l’automne à nouveau en viticulture. L’entreprise adaptée a ainsi créé depuis sa création une quinzaine de postes en CDI, certains à temps complet, d’autres à mi-temps. La vigne représente 60 % de l’activité et les espaces verts 40 % environ.

Le fait d’être gérant d’une entreprise adaptée m’a permis de prendre du recul sur l’entreprise et de voir les choses évoluer. La main d’œuvre représentée par les personnes en situation de handicap a facilité la transition vers l’agriculture biologique. J’ai le sentiment d’avoir accompli quelque chose de cohérent à partir d’une éthique de vie. Respect du vivant et aide au niveau humain procèdent de la même logique. Nous nous devions de faire de même avec les plantes afin de respecter aussi les gens qui travaillent dans les vignes.

Par ailleurs, je ne souhaitais plus travailler seul mais en équipe. Les entreprises individuelles qui ont grossi ont trop à faire. Leurs responsables ne prennent plus de recul par rapport à leur métier. Dégager des marges pour la réflexion est essentiel et c’est ce que je fais.

Je ne regrette pas ma décision. Je regrette juste de ne pas l’avoir prise plus tôt. Le gain essentiel est un gain humain, de relations. Voir des personnes, soit disant non rentables pour la société, accomplir des travaux techniques qui les valorisent est une satisfaction. On fait la preuve du contraire de l’ambiance et de la mentalité prédominante. C’est aussi grâce aux options prises dès le départ de l’entreprise apprenante, c’est-à-dire une organisation qui place la formation et le développement des compétences au centre de ses préoccupations. Lorsque les personnes en situation de handicap arrivent elles ont une estime très basse d’elles-mêmes. Grâce à la formation et à l’apprentissage des gestes sur le terrain, ils gagnent en compétences, et arrivent à devenir qualifiés pour les tâches qui leurs sont confiées. L’estime suit aussitôt.

Je ne connais pas d’entreprise viticole qui se sont transformée en entreprise adaptée en Alsace. Peut-être y en a-t-il dans d’autres régions. Les freins sont à chercher dans l’imitation de ce qui a toujours été fait, et dans le regard sociétal. Mais si j’avais un mot à dire aux viticulteurs qui pensent franchir le pas, ce serait le mot : Oser.

 

 

Langue d'origine : Français
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