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Dépasser son handicap par la création d'un livre, Chatillon, France

  • Travail et activité : Activités de jour
  • Europe : France
  • Fiche d'expérience

Par decrop le 06/08/2010

La Résidence « Le Temps des Amis » est un établissement médico-social de l'Association « Les Amis de l'Atelier » spécialisé dans l'accueil de personnes handicapées mentales vieillissantes

La Résidence « Le Temps des Amis » est un établissement médico-social de l’Association « Les Amis de l’Atelier » spécialisé dans l’accueil de personnes handicapées mentales vieillissantes. La moyenne d’âge de la population accueillie est de 60 ans. Une équipe pluridisciplinaire composée d’un directeur, d’un chef de service, d’éducateurs, d’une psychologue, d’une psychomotricienne et d’une infirmière assurent, au quotidien, l’accompagnement et la prise en charge globale de la personne, dont l’objectif commun est le bien-être et l’épanouissement physique et psychoaffectif du résident.


Convaincus que les activités en général, et les sorties en particulier, contribuent à l’équilibre physique et psychique du résident, l’équipe de notre établissement a toujours inscrit les sorties dans une logique de socialisation visant, avant tout, l’enrichissement et le bien-être de la personne. L’organisation bi-annuelle de « séjours externalisés », que nous appelons dans notre jargon « transferts », est l’aboutissement et la concrétisation de cette vision éducative, dont tous les résidents sont les bénéficiaires. Depuis mars 2008, les transferts sont organisés sur une durée de trois jours, du vendredi au dimanche, et ce afin de mieux tenir compte d’une fatigabilité de plus en plus importante du résident avec l’avancée en âge. Nous ne pouvons ignorer cette réalité et sommes, de ce fait, appelés à sans cesse « réajuster » ou « réadapter » les sorties en fonction des envies, des besoins et, surtout, des capacités de chacun.


Les organisateurs des transferts sont les éducateurs, sous l’autorité du chef de service ; les sorties quotidiennes, en revanche, peuvent aussi être réalisées par d’autres personnels, tels que psychomotricienne qui, dans le cadre de ses interventions, organise des sorties à la piscine municipale une fois par semaine. Notre infirmière, responsable de la coordination des soins, assure quant à elle des parcours de santé, en emmenant les résidents chez le médecin. Ces sorties de consultation médicale ou paramédicale constituent aussi, pour nos résidents, des moments forts et saillants de la journée. « J’y vais parce que l’on s’occupe de moi. » , entend-on souvent, car ces accompagnements - qu’ils soient d’ordre médical ou culturel - sont organisés non seulement « pour » mais « avec » le résident ; Celui-ci est donc bien conscient des soins, au sens large, qui lui sont apportés. Cette prise de conscience de la part du résident est une belle reconnaissance de notre métier d’accompagnant !


Compte tenu de l’importance qu’accordent nos résidents aux sorties, l’idée a germé de créer un livre. Au jour d’aujourd’hui, deux livres ont été réalisés. Le premier, « Ente Terre et Ciel au Mont Saint Michel », est un carnet de bord journalier des trois jours qu’ont passés sept de nos résidents en Bretagne. Le deuxième livre, « Flâneries entre Histoire et Culture », rend compte des sorties culturelles que nos résidents sont invités à faire dans le cadre des sorties de l’après-midi. Bref, deux livres édités, à ce jour, réalisés « avec » et « pour » les résidents mais qui, au-delà, s’adressent aux familles. La participation active et l’implication de chacun font de ces livres quelque chose de particulier, un moyen de communication pas comme les autres. Partant du principe que chacun a la liberté de sa parole, ces deux livres sont nourris et enrichis par la contribution de chaque résident. Quel que soit le handicap de la personne, chacun « se retrouve » dans ces livres. C’est la vision universelle qu’a l’homme, de se nourrir au contact de l’autre, qui m’importe en tant qu’éducateur. C’est l’idée universelle que, malgré nos handicaps et difficultés de la vie quotidienne, nous avons tous des richesses enfouies en nous qu’il s’agit de faire remonter à la surface. C’est ainsi que l’homme, en situation de handicap ou non, devient un « être conscient et libre ». Le handicap ne compte plus, seule la volonté de dépasser ses difficultés rend chacun de nous « libre », et ainsi unique et particulier. Enrichissons-nous de ce que l’autre nous apporte, et je pourrai en retour enrichir celui qui est à mon contact. C’est une question d’estime de soi, d’image de soi, mais aussi de cette assurance qui nous fait grandir et avancer sur ce long chemin de la Vie.


Pratiquement tous les résidents participaient à l’élaboration de ces deux livres, chacun à sa manière bien entendu : De nombreuses photos, des paroles retranscrites, des réflexions et idées de résidents les ont alimentés. La création de ces deux livres ne reposait donc pas sur un groupe fixe, mais sur des groupes « volants » que le planning des sorties prévoyait. C’était, à mon sens, la façon la plus efficace que de faire participer chacun - naturellement et sans contrainte - à la réalisation de ces livres. Moins de contraintes donc… et plus de souplesse et de liberté d’expression pour chacun. La durée de réalisation d’un livre ne devait pas dépasser deux mois, et ce pour deux raisons :


a) Il était essentiel de faire adhérer et associer le résident au projet de conception, en captant et maintenant surtout son intérêt. Il fallait donc que les résidents voient la réalisation du livre avancer de jour en jour.


b) Les paroles des résidents étaient retranscrites « en temps réel » pour ne pas en perdre le sens et la saveur. Les photos servaient alors de support inestimable, qui permettait de remettre les mots d’un résident dans leur contexte.


Finalités


Les objectifs de conception d’un livre sont aussi multiples que divers, dont voici quelques-uns. Il nous importait que l’on puisse :


a) Parler des nombreuses activités et sorties culturelles organisées, quotidiennement, à La Résidence « Le Temps des Amis » ;


b) Créer un outil de communication qui soit agréable à regarder et consulter en faisant découvrir, de surcroît, les richesses innées de chacun ;


c) Reconnaître les capacités de chaque résident, en « mettant à l’honneur » son besoin de « vivre la culture » et d’y mettre du sens ;


d) Rendre compte du bien-être, des satisfactions et de l’épanouissement de chacun, à travers photos et paroles personnelles ;


e) Et enfin, mettre le résident en situation de responsabilité et d’initiatives personnelles, en favorisant son autonomie de réflexion et de création.


A travers la réalisation de ces deux livres, je cherchais donc à « mettre en avant » tout ce qu’une personne handicapée peut réussir, en se faisant confiance et en regardant plutôt ses capacités que ses limites ; savoir dépasser ses propres limites, difficultés ou handicaps étaient là mon leitmotiv, et je pense que les résidents ont pleinement réussi cette mission.


Le besoin de reconnaissance individuelle et sociale est tout aussi important pour une personne handicapée que pour n’importe quel professionnel. Ce « besoin d’exister aux yeux de l’autre » habite chacun de nous. Peut-être nos résidents y sont-ils plus sensibles ? Peut-être parviennent-ils plus facilement à reconnaître ce besoin et à en parler ? Quoi qu’il en soit, ce besoin d’accomplir un travail « socialement reconnu » nous aidait à avancer. L’effervescence et l’enthousiasme de chacun étaient palpables tout au long de la réalisation et devinrent ainsi le « moteur » de nos travaux.


L’élaboration des livres


La particularité au niveau de l’élaboration de ces livres fut, sans conteste, la forte mobilisation et la participation active de chacun : celles des résidents et éducateurs. Quant à la direction de l’établissement, je pouvais vraiment compter sur elle, afin de promouvoir les livres auprès des familles. Résultat, les commandes « affluaient ». Nous étions même en rupture de stocks, ce qui nous obligea à « relancer » des impressions auprès de notre éditeur. Autre particularité : Il fallait que tous les moyens, à la fois techniques et humains, soient réunis afin que ce travail d’élaboration se concrétise et aboutisse. Il aurait été impossible, par exemple, de procéder à la rédaction d’un livre sans les photos, car celles-ci « conditionnaient » la mise en page et la longueur des textes.
Par la rédaction de ces deux livres, je recherchais surtout à « redonner confiance » à certains de nos résidents. N’est-ce pas la « confiance en soi » qui nous fasse prendre conscience de tout ce que l’on est capable de réussir ? La fierté, l’épanouissement et le bien-être de la personne en découlent, tout naturellement. C’est aussi une façon, à la fois simple et efficace, que de mettre du sens sur ce que l’on est amené à « faire » et « réussir » dans la vie. Rendre le résident « initiateur » et « acteur » de projets individuels - lesquels lui tiennent vraiment à cœur – permet de responsabiliser la personne, en la considérant réellement comme « responsable », « consciente de ses capacités », « autonome » et « libre » : la liberté de faire des choix, ce qui signifie aussi « renoncement » et « droit à l’erreur ». « Surprotéger » la personne - en la mettant à l’abri d’erreurs personnelles - serait là une erreur lourde de conséquence. Comprendre ses erreurs aide chacun d’entre nous à devenir un citoyen « responsable » et « averti ».


Pour réaliser un livre, il faut :


a) Recueillir les différentes idées de sortie auprès des résidents ;


b) S’interroger sur la faisabilité et la mise en œuvre ;


c) Organiser la sortie, en tenant compte notamment du nombre de résidents, du taux d’encadrement, de la durée, ainsi que de l’objectif de la sortie ;


d) Mettre le résident en situation de responsabilité individuelle, en l’interrogeant sur ses attentes, envies, mais sur ses appréhensions aussi ;


e) Recueillir la parole du résident pendant la sortie, car elle reflète le mieux son ressenti ;


f) Prendre des photos, en proposant cette responsabilité à l’une des personnes du groupe ;


g) Rendre compte de la sortie au retour, en essayant de « décrypter » les non-dits, les comportements et les réactions des uns et des autres (et ce afin d’enrichir le contenu du livre) ;


h) Rapprocher les photos prises des paroles recueillies (cette responsabilité incombe en principe au rédacteur) ;


i) Et enfin, soumettre aux résidents, concernés par telle ou telle sortie, les photos, le texte et les paroles pour discussion, avis et approbation.


Le dernier point me semble primordial, car il renvoie au respect et à la dignité de la personne : tenir compte de la parole du résident est - techniquement et moralement - nécessaire pour l’associer et l’impliquer à ce type de travail exigeant.


Chaque résident participait à l’élaboration du livre, dans la limite de ses moyens bien entendu : une photo, une parole chargée de sens, un commentaire ou encore une idée de mise en page. Grâce au précieux concours des résidents, chacun des deux livres est devenu un « concentré de talents », matérialisés et mis en page. C’est peut-être la raison pour laquelle les résidents aiment encore, et toujours, feuilleter ces livres, qui font partie, chez certains, de la lecture de chevet.


Les moyens


La réalisation d’un livre mobilise d’importants moyens, à la fois :


a) Matériels, tels que « appareil photo, ordinateur, logiciels, photos,… »


b) Humains, telles que connaissances techniques et informatiques. Par ailleurs, il faut savoir faire preuve de patience, car la réalisation d’un livre est « consommatrice de temps ». Mieux vaut ne pas compter son temps.


c) Il faut aussi avoir la capacité à être réceptif et sensible à la parole de l’autre, à savoir interpréter les silences, les non-dits, rédiger, mettre en page et, bien sûr, savoir « promouvoir » le produit auprès des familles et de toute autre personne intéressée.


d) Financiers, tel qu’un budget spécifique et adapté permettant de couvrir les frais d’impression et d’édition. Pour ce faire, il faut avoir une idée très précise du nombre d’exemplaires susceptibles d’être vendus. Compte tenu des droits à l’image, un livre ne peut être diffusé qu’en interne, c’est-à-dire auprès des résidents, familles et personnels.


Le regard porté sur ces réalisations


Je pense pouvoir affirmer, humblement, que nous avons pleinement répondu à l’objectif de départ, celui de créer un outil de communication « hors norme », destiné aux résidents et leurs familles. En tant que rédacteur, je suis particulièrement heureux que nous ayons pu réaliser deux livres avec :


a) Une bonne présentation générale (avec notamment une couverture rigide) ;


b) Une belle mise en page ;


c) Une excellente qualité de papier et d’impression (sur papier glacé) ;


d) Un format résistant, visuel et pour le moins pratique (format A4) ;


e) Et un bon choix de photos.


Cependant, ce qui me satisfait moins, ce sont :


a) le coût d’impression, car il s’élève à tout de même 55€ par livre ;


b) et le temps investi.


Deux aspects négatifs qui, me semble-t-il, ont été largement compensés par un discours élogieux des résidents, de leurs familles et des professionnels à la lecture de ces livres. La plus belle reconnaissance pour nous est encore aujourd’hui ce regard positif, encourageant et valorisant des autres.


Autre insatisfaction personnelle : Compte tenu du coût élevé des livres, les résidents sont déçus de ne pas en avoir un exemplaire personnel. Nous nous sommes ainsi vus obligés d’acheter deux exemplaires de chaque livre, afin de les mettre à la disposition des résidents aux deux étages.


La plus grosse difficulté cependant, à laquelle je me suis heurté, fut incontestablement le manque de temps. Il a donc fallu « improviser ». Afin de ne pas gêner le bon fonctionnement du service de notre établissement, je travaillais sur chacun des livres sur mon temps personnel, exclusivement. Il m’importait beaucoup que ce temps d’élaboration, ainsi que le temps pour rencontrer « notre » éditeur ne soient pas comptabilisés par la direction, puisque ce projet de réalisation de livres relevait de ma propre initiative et celle des résidents.
Compte tenu du vif succès qu’a remporté chacun de ces deux livres, j’envisage l’élaboration d’un troisième consacré à d’autres sorties et visites culturelles.

 

Les familles sont d’autant plus demandeuses qu’un livre est source de partage et de discussion de la vie en institution avec leur adulte handicapé. Des échanges « en famille » émergent à la découverte d’un livre, ce qui justifie déjà en soi le projet en tant que tel.

Langue d'origine : Français
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