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Musique et mouvements, corps en action : Approche psychocorporelle, Saint Nicolas de Port , France

  • Santé : Santé au quotidien
  • Europe : France
  • Fiche d'expérience

Par guerard nadia le 18/11/2015

 

1. Une activité de l’hôpital de jour

 

Le centre hospitalier de St Nicolas de Port (54210) est un hôpital public, ouvert dans les années 70 par le Dr Poiret, ayant développé le système de santé mentale.

Issus de l’évolution de la prise en charge des personnes et du processus de sectorisation développé à partir des années 80, les ateliers y font partie intégrante de la thérapie, dès lors qu’ils permettent notamment de créer une microsociété dans l’hôpital de jour, pour permettre aux personnes accueillies de se préparer à l’extérieur et de devenir acteurs de leurs soins.

Là où seulement l’ergothérapie était proposée aux patients, de nouveaux besoins ont été identifiés, dont celui essentiel de ‘sortir’ les personnes de l’hôpital (se différenciant des pratiques de séjours longs). L’atelier musique et mouvements corps en action a été élaboré et proposé par une infirmière de l’hôpital diplômée d’état et spécialisée en santé mentale.

L’hôpital de jour accueille des patients à partir de 18 ans jusque 80 ans ; la moyenne d’âge est d’environ 35 ans. Les types de handicaps de ces personnes sont : psychoses, névroses et névroses graves, dépressions, oligophrénie. Leur prise en charge est réalisée à la carte en fonction de chaque personne (certains sont reçus tous les jours, 5 jours par semaine), avec un tableau d’activités correspondant à leurs besoins. Le point de commencement du suivi est l’accueil et la prescription médicale. Les différentes activités sont mises en place avec l’aval du médecin pour que la personne participe ; elles permettent de travailler sur les automatismes au quotidien, apprendre à regarder l’ordre, remettre la personne dans le lien social.

 

2. Buts : Redécouvrir la communication, redécouvrir son corps, aller vers l’extérieur

 

Le but de l’atelier est de permettre aux personnes ayant des troubles cognitives et de sociabilité de rentrer en communication (verbale, non verbale), de faire confiance à soi-même et à l'autre, d’acquérir une meilleure perception de son corps et de l'environnement, de maintenir ses acquis et de « se réapproprier son corps ». L’atelier s’adresse à des personnes à symptomatologie psychotique, névrotique, et d'autres ayant des troubles de l'image du corps.

Au moment de l’émergence de cet atelier, beaucoup de patients étaient sans activité, dans l’inaction ; la direction a sollicité ses employés pour qu’ils proposent des ateliers d’expression, des ateliers occupationnels et des activités socio-culturelles dans l’hôpital de jour amenant les gens à aller vers l’extérieur.

L’infirmière ayant créé cet atelier animait 5 autres ateliers par ailleurs.

Les attentes de chaque personne ayant l’accord du médecin pour participer à l’atelier dans le cadre de son suivi sont déterminées lors d’un entretien préalable individuel, ce qui permet de faire en sorte que le patient se retrouve et qu’une dynamique de groupe soit lancée. Lors de cet entretien, l’animateur de l’atelier essaye que la personne s’exprime sur ce qu’elle attend de l’atelier : mieux dormir, pour se détendre, se sentir mieux, avoir moins mal. Par exemple, une personne ayant une névrose a signifié qu’elle souhaitait apprendre comment se baisser pour prendre ses cartons au travail. Les demandes sont multiples et variées. Rien n’est imposé ; l’animateur est à l’écoute de la personne, de ses désirs et de ses attentes.

 

3. Mise en place : Créer une situation propice pour que les personnes osent

 

Dans cet atelier, le corps est l’outil principal vu dans sa globalité. Des médiateurs sont utilisés comme interface dans la relation (ballons, tissu, bâton.....), et la musique rythme et guide l'expression spontanée. Musique et Mouvements est une méthode psychocorporelle d'aspiration thérapeutique où il est question d'aborder l’être humain dans sa globalité tant dans sa dimension intrapsychique que corporelle à travers les cinq sens, et à l'aide des outils de médiation. Le corps est invité à se mettre en mouvement, au rythme unique de chacun ; les corps sont accompagnés du rythme  plus universel de la musique qui rassemble, unifie et structure le positionnement du corps dans l'espace psychique et physique. Cette dynamique favorise l’émergence de la parole en empruntant parfois les chemins tortueux du corps.

L’atelier permet d’aborder d'autres indications telles que les difficultés relationnelles, psychoaffectives, les troubles cognitifs et l’amélioration de la confiance en soi. La musique (indienne, africaine, bruits de la nature, bruits corporels…) est une découverte, une invitation, elle rythme la séance dans un cadre structuré, avec une notion de contrat.

L’animateur, en quelques sortes en les ‘dérangeant’, crée ainsi la situation propice pour que les personnes puissent oser ; et oser avoir quelque chose à dire.

Depuis les premières sessions de cet atelier, de nombreux collègues ont été formés. Pour certains, se présente la difficulté d’admettre que, lors de cette activité, l’animateur n’est pas en blouse, il n’y a pas de barrière ; les personnes qui animent doivent être capables d’être dans cette dynamique pour instiller au groupe ce qu’ils doivent leur apporter. L’animateur abandonne un peu son rôle d’instructeur, et devient humain, au même niveau que les personnes accueillies : on s’appelle par les prénoms ; il  n’y a pas de vestiaires séparés entre animateur et patients.

L’activité se fonde sur la confiance, l’appartenance à un groupe, et sur le fait d’exister en tant que personne, et pas seulement comme personne caractérisée par la pathologie.

L’atelier fonctionne en cycle de 8 semaines, avec 1 séance d’une heure par semaine.

L’entretien préalable individuel est une étape pour faire connaissance ; il dure environ 10-20 min. Partant de là, l’on sait ensuite comment orienter l’atelier, et comment le groupe va se mettre en place. Au niveau de la communication, on évalue si les mots vont être compris par les uns et les autres, si la consigne est entendue et comprise. Du côté pratique, on précise qu’il faut un déodorant et un t-shirt, pour pouvoir se changer.

Pendant l’atelier, le groupe est présenté, chacun dit son prénom ; l’animateur fait faire le réveil du corps, pour que chacun puisse prendre la dimension de l’espace, de celui du voisin, et des autres.

Chacun fait ce qu’il peut ; il ne s’agit pas d’être dans le vécu personnel, mais plutôt d’être dans le ressenti ; ceci se déroule avec les yeux fermés.

Les accessoires à utiliser sont déterminés selon la séance et les participants. Par exemple, le ballon est très ludique, tout le monde en a déjà touché un. L’atelier passe par l’appropriation de l’objet, pressé, touché, senti, appréhendé dans sa texture, sa couleur… Les participants peuvent choisir la couleur convenant, et en discuter.

L’ensemble de l’activité est personnel et individualisé, dans une ambiance musicale, et avec un travail du regard. Chaque consigne (ex. : faire tourner le ballon de la main jusqu’à l’épaule) se fait toujours 3 fois, et s’accompagne avec la respiration. On apprend à marcher avec le ballon, passer le ballon à un autre.

Au total, 14 accessoires sont utilisés : tissus carrés, rectangulaires, barres, manches de balais, obstacles, grelots… tout ce que l’on peut rencontrer dans la vie quotidienne. Même pour ceux n’ayant pas moyens de communication verbale, l’atelier est adapté en offrant le visuel, le contact (ce n’est pas parce qu’on ne parle pas bien qu’on ne peut pas développer mode de communication, visuel, contact, auditif, ordinaire etc.).

L’animateur invite à boire un verre d’eau régulièrement, après chaque session, au cours de la séance. Chacun essaye de faire les consignes ; les temps de parole sont au moment de la boisson, ou à la fin de chaque séance..

Après chaque séance, une évaluation est réalisée avec les patients, puis l’on procède à une synthèse en réunion clinique avec le médecin pour savoir si les objectifs sont atteints.

 

4. Les moyens : le personnel, les accessoires

 

Sur le plan humain :

Le projet a été proposé par l’infirmère et mis en œuvre avec le personnel indiqué ci-dessous ; tout au long de la mise en place du projet, des stages et formations ont été suivies par l’animateur et le co-animateur pour se conforter dans le projet déjà initié et l’enrichir (en plus des formations et conférences auxquelles les équipes participent habituellement).

INDICATION MEDICALE : un animateur, un co-animateur et un nombre pair de participants. L’équipe médicale procède à la synthèse en réunion clinique.     

Sur le plan financier, technique et matériel :

Le matériel a été financé et fourni au départ par l’infirmière, jusqu’à ce que soit montré que c’était un projet viable. Après constatation des résultats, un budget a été alloué par l’hôpital pour la musique et les accessoires. L’activité est depuis financée dans le cadre de la prescription médicale par l’hôpital de jour.

 

4. Evaluation : améliorations observées, développement dans d’autres établissements

 

Les objectifs initiaux ont été atteints largement, avec des bénéfices évidents pour les malades.

Une fréquentation assidue et une forte demande ont été observées. Cette activité est vue comme un temps pour soi, une découverte de soi, permettant d’oser s'affirmer ; elle a permis à certains l’adhésion à une activité extérieure à l'hôpital qui s'approche de la méthode « Musique et mouvements », et a pu être une passerelle pour accepter d'autres activités, telles que la relaxation, le suivi d’une psychothérapie.

Des patients indiquent : « Je suis mieux qu’à mon arrivée, je suis plus détendu, je vais bien dormir. » Pour certains, les relations avec la famille s’améliorent.

Pour une autre personne, qui n’arrivait pas à regarder dehors en se promenant, a affirmé : « Ça fait longtemps que j’habite là mais je n’avais jamais regardé ce monument. »

Un autre exemple sur un an est celui d’une personne qui a réussi à accepter son corps et à s’habiller désormais autrement qu’avec des habits très amples ; cette personne s’est acceptée, est allée chez le dentiste, a redécouvert des sensations qu’elle n’avait plus et a eu enfin la capacité de retrouver un emploi.

Cette activité est importante pour le ressenti et le vécu des personnes : certains ne veulent plus quitter l’atelier. La porte vers l’extérieur est qu’ils retournent faire de la gymnastique, intègrent un club de marche ; l’objectif est que la personne ait été accompagnée pour retrouver sa place dans la société.

 

4. Evolutions souhaitées : la formation des animateurs pourrait être prise en charge dans la formation continue au bénéfice des salariés des établissements.

Une des co-animatrices est aujourd’hui en activité sur une autre maison. L’objectif est aujourd’hui de former d’autres collègues pour reprendre ces ateliers, thérapeutiques, dans la structure et à l’extérieur (ex. : dans Centre Médico-Psychologique de Lunéville, qui dépend du ‘CPN’ - Centre Psychothérapique de Nancy, à Laxou), pouvant pérenniser et faire vivre cette activité. Par l’expérience transmise par Mme Guerard, Mme Schwob a pu ainsi développer le projet approprié, en le personnalisant. Elle travaille aujourd’hui en binôme avec une personne qui fait du ‘qi cong’ (gymnastique chinoise, pour aider à rééquilibrer son corps au rythme des saisons), ce qui s’articule très bien avec cet atelier.

 

5. Pour reproduire l’action…

Pour mettre en œuvre cette activité, il y a des bases à connaître, et l’animateur doit se sentir apte à mener l’atelier ; celui-ci peut se pratiquer dans plusieurs endroits. Les pratiques peuvent varier en fonction de régions, des pays, car les cultures sont à chaque fois différentes ; cet atelier n’est pas rigide, mais vivant, évolutif.

Elle-même travaille davantage au feeling, avec une base de départ puis en évoluant avec le groupe (ex. : dans le cas d’un partage plus émotif, on travaille plus sur le registre corporel en fonction de la dynamique de groupe : gestuelle avec la musique, envie de bouger pour se sentir un peu vidés de ce qu’ils ont à l’intérieur… ou bien plus en ressenti, avec le travail de la voix, du cri primaire…).

Lors de la rencontre des personnes en entretien, on explique à la personne ce qu’est l’atelier ; pour certaines on sait que la participation ne sera pas possible (problème avec le corps trop important).

Parfois, l’animateur passe plus de temps à débriefer le groupe pour mettre en place l’activité.

Prérequis : survol des pathologies, connaissance précise des problématiques relationnelles et de santé mentale, avec a minima un psychologue qui accompagne la mise en place de l’activité (pour superviser, lors du débriefing). Le psychologue permet de garantir la bonne gestion des problématiques qui apparaissent lors de l’activité et qu’il faut les encadrer (car cela va assez loin :  pathologies révélées, explorées). Tout d’abord, l’animateur doit faire un travail personnel sur soi, car dans l’atelier on est dans le contact. Le mieux est d’être formé pour ne pas perdre le protocole et la structure du projet, sans pour autant ne passe l’approprier.

Bases : fiche entretien préalable, fiche après chaque séance, fiche de l’animateur et fiche avec chaque accessoire (ex. : la canne à pêche peut être un bâton, un prolongement, une arme,…). C’est aussi le patient qui dit instantanément ce que c’est, identifie, analyse. On ne met bien sûr pas un bâton dans les mains de quelqu’un qui est très violent lors l’entretien préalable.

 

Nadia GUERARD, infirmière diplômée d’état spécialisée en santé mentale - Centre Hospitalier de St Nicolas de Port (54210)  et

Ségolène Schwob, infirmière diplômée d’état - Centre Médico-Psychologique et Hôpital de jour de Lunéville (CPN Nancy, Laxou)

 

Langue d'origine : Français
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